Doctor Strange : ma critique

Le docteur Stephen Strange est un neurochirurgien de génie. Arrogant et certain de son pouvoir de vie sur les gens, son monde s’écroule soudainement quand il devient victime d’un accident de voiture qui l’empêche d’utiliser ses mains. Révolté, il cherche des alternatives médicales et spirituelles à ses maux, jusqu’à tomber sur un temple à Katmandou, où il va apprendre que les frontières du monde réel sont peut-être plus éloignées que ce qu’il pensait.

Sur une route qui zigzague entre des montagnes, une voiture fonce dans la nuit. Interstellar Overdrive passe dans le bolide de Stephen Strange pendant qu’il évite de justesse camions et ravins à pic. Jusqu’à l’accident. La voiture dérape puis plonge dans le vide. Le spectateur horrifié est témoin d’un lent plan montrant les mains de Strange, écrasées par le choc. Notre futur héros perd à ce moment sa raison de vivre et sa fierté. Mais c’est en perdant l’usage de ses mains qu’il commence le chemin qui le mènera à Katmandou vers ce qu’on imagine être une rédemption.

Chirurgien de génie, le Doctor Strange fait penser à Sherlock Holmes pendant les premières minutes du film. Les plans serrés sur les yeux de Benedict Cumberbatch et les éclairs de génie qui l’animent rappellent un peu trop son rôle le plus connu. Une deuxième influence est celle de House MD (personnage qui était lui-même tiré du détective anglais). La référence est assumée : d’aucuns disent que Benedict aurait binge-watché les saisons de House pour se préparer au rôle. Le cinéma et la télévision se sont attachés ces dernières années aux personnages de génie, salauds sans cœur qu’on pardonne car ils sauvent des vies, ou le monde à l’occasion. Hugh Laurie a été un des premiers de la vague d’acteurs Britanniques qui a séduit Hollywood, des Anglais qui ont joué des Américains mieux peut-être que les vrais Américains. Doctor Strange ne semble pas renâcler devant son parentage, qu’il assume pleinement.

landscape-1459632762-benedict-cumberbatch-doctor-strange.jpg
Benedict Cumberbatch, définitivement adepte des longs manteaux et cols relevés.

On pourrait être dubitatif devant Benedict Cumberbatch, lui qui a été propulsé sur la scène internationale en quelques mois grâce à sa gueule atypique et son talent certain. Après tout, il ne serait pas le premier à se faire embaucher par Marvel pour son aura plus que pour son affinité avec le rôle. On ravale bien vite ces soupçons devant la performance de l’acteur, qui a parfois de la peine à cacher le plaisir qu’il prend à jouer enfin un super-héros complexe. Stephen Strange est très humain, souvent trop. C’est un personnage fier, qui refuse d’être autre chose qu’un homme qui tient la vie des autres entre ses mains. Une scène résume bien le développement du personnage. Lorsque le méchant lui propose de manière assez classique de rejoindre ses rangs, Strange refuse. Pas parce qu’il a une haute idée du bien et du mal. Mais par arrogance, parce que lui qui s’est toujours glorifié de sauver des vies ne pourrait pas être vu comme quelque chose d’autre qu’un sauveur.

L’humour, qui est toujours quelque chose de risqué dans les Marvel, est bien géré. Pas surutilisé comme dans plusieurs films récents, il vient par touches pimenter le film juste ce qu’il faut. Difficile de ne pas rire en voyant Wong, le sidekick de Strange, écouter Beyoncé dans sa librairie poussiéreuse. En ce qui concerne les visuels, les effets spéciaux sont spectaculaires, mais on ne s’attendait pas à moins au regard du budget et des caractéristiques d’un super héros qui peut changer la réalité même.

doctor-strange-image-cities.jpg
Sandwich de ville façon Inception. On aurait peut-être aimé plus d’originalité.

Côté personnages, difficile de ne pas tomber sous le charme de Tilda Swinton, qui joue la guide spirituelle et martiale de Doctor Strange. Comme toujours, sa performance est excellente. Son personnage brise le carcan de rationalisme de Strange et l’envoi sur un chemin spirituel nouveau. Cela donne lieu à une séquence très réussie, ou Strange « trippe » comme s’il avait pris un peu trop de champignons magiques. C’est un des rares moments du film qui assume le parentage un peu hippie, un peu magique de Strange. Cela manque au reste du film. La thématique de l’altération de la conscience nous aurait fait espérer un peu plus de séquences absurdes, ou un peu plus de références au psychédélisme.

Le dénouement s’efforce de s’éloigner des classiques du genre. La bataille finale est rafraîchissante : au lieu de détruire une ville entière, Strange la reconstruit, comme un pied de nez aux tonnes de décombres que ses potes Avengers laissent derrière eux à chaque opus. Et le Grand Méchant n’est pas battu par un superpouvoir invraisemblable, simplement par l’ennui et l’agacement provoqué par Strange, qui lui joue un tour mémorable façon Groundhog Day. On aurait cependant aimé que cela aille un peu plus loin. Notre héros possède des pouvoirs qui peuvent changer la fabrique même de l’univers, peut-être aurait-il fallu trouver d’autres moyens de les exposer.

Le seul vrai bémol du film serait le sous-développement du méchant. Qu’il recherche la vie éternelle, c’est déjà très cliché. Mais si en plus on ne nous propose aucune information sur ses origines, on se désintéresse assez vite de ce personnage unidimensionnel. Ce n’est pas la faute de Mads Mikkelsen, qui est comme toujours irréprochable, mais plutôt du scénario qui ne nous montre pas vraiment pourquoi on devrait se soucier de lui.

Malgré ces petits accrocs, Doctor Strange reste un Marvel d’une grande efficacité. Il ne révolutionne pas le genre, ni ne nous donne à voir quelque chose de vraiment nouveau, mais ce qu’il fait, il le fait bien. C’est un très bon début pour le personnage, qu’on a hâte de voir interagir avec les autres héros développés par Marvel.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s