Orange is the New Black : ma critique

Piper Chapman a à peine le temps de dire au revoir à son fiancé que les portes de la prison se referment sur elle. Une bêtise, une erreur de jeunesse, c’est tout ce qu’il a fallu pour qu’elle soit condamnée à quinze mois d’enfermement, une dizaine d’années après les faits. L’arrivée de cette trentenaire propre sur elle dans l’univers carcéral va faire éclater la bulle de normalité qu’elle s’était soigneusement construite. A l’intérieur, tout est différent. Les codes changent, les femmes aussi, et Piper va devoir faire preuve de discernement dans sa manière d’aborder sa nouvelle vie. 

La nouvelle série de Jenji Kohan, l’auteure de l’archiconnue Weeds,s’avérait alléchante bien avant sa sortie officielle. Basée sur le best-seller du même nom et inspirée de faits réels, Orange is the New Black raconte l’histoire d’une femme enfermée pendant plus d’un an dans une prison pour femmes de New York. Le sujet, délicat à traiter, aura finalement été retenu par Netflix. D’emblée, on est charmé par l’atmosphère, les personnages et l’histoire de cette femme banale jetée dans un univers nouveau. La plongée dans la misère humaine est vertigineuse et elle contraste avec les moments de grâce où la série célèbre l’humain dans ce qu’il a de plus naïf et touchant.  Au départ centrée exclusivement sur son personnage principal, l’histoire devient bien vite chorale, et les personnages de l’arrière-plan prennent tour à tour une épaisseur bienvenue, notamment par l’utilisation de flash-backs réguliers.

Sur ce sujet, Jenji Kohan brouille les pistes. Elle nous montre les prisonnières par l’intime, s’attache à dévoiler par petites touches les raisons de leur enfermement, pour mieux subitement nous rappeler qu’elles restent des criminelles. On vogue constamment entre deux pôles opposés: ces femmes qui tricotent et essaient de s’en sortir en milieu hostile nous sont sympathiques, et c’est ce qui rend les scènes de violence encore plus marquantes. Attention, ici comme le dit un des responsables de la prison, nous ne sommes pas dans Oz. La violence physique n’apparaît (pour l’instant) que rarement à l’écran. C’est une violence plus insidieuse qui se met en place, notamment à travers le personnage de Piper. Diva débarquée de sa maison de banlieue et de ses fiançailles convenues, le personnage principal lutte bec et ongles tout au long de la saison pour ne pas laisser la prison la changer. Jusqu’à sortir cette phrase qui résume à elle seule toute la série: « I’m scared that I’m not myself in here and I’m scared that I am » (J’ai peur de ne pas être moi-même, ici, et j’ai peur de l’être).

Car au final les intrigues de Orange is the New Black importent peu. Ce qui nous fait nous tenir en haleine pendant toute cette première saison, c’est la galerie de personnages et leurs évolutions. Le casting est irréprochable.  Les actrices et acteurs, inconnus du grand public pour la plupart, jouent leur rôle avec brio, au point que l’on se demande souvent où est la limite entre fiction et réalité. Et si on a droit à quelques clichés, ils sont vite subvertis par la narration qui s’attache  à ne jamais montrer les personnages comme unidimensionnels. Une vraie réussite, qui se mesure notamment par l’évolution des protagonistes. Sur une période de seulement treize épisodes certains vont faire un demi-tour complet. Les « méchants » introduits dès le début révèlent leurs faiblesses petit à petit. Quant aux personnages sympathiques, ils deviennent de plus en plus complexes et difficiles à aimer.

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L’odieux « Pornstache » nous est détestable d’emblée. Source : Netflix

C’est ce refus du manichéisme et de la facilité qui impressionne avec Orange is the New Black.  Les quelques situations plus convenues sont sauvées par le réalisme vers lequel la série tend. Il serait exagéré de dire que Jenji Kohan a des ambitions naturalistes, mais les dialogues léchés, parfois improvisés, le fait de ne pas recourir à des actrices se situant dans les canons de beauté classique et de refuser pour la majorité le maquillage, le recours à une lumière naturelle, tout s’ajoute pour que l’on n’ait pas l’impression de regarder une série complètement détachée de la vraie vie.

Cette forme de réalisme se manifeste aussi dans les relations entre les personnages. Fait extrêmement rare dans une série télé, les scènes lesbiennes ne sont pas juste là pour émoustiller le spectateur masculin moyen. C’est aussi le cas de la majorité des scènes de sexe. Orange is the New Black ne flatte pas ses spectateurs. Les personnages que l’on voudrait rédempteurs s’avèrent aussi tordus que les autres, et ceux que l’on voudrait détester nous dévoilent petit à petit leurs motivations. L’atmosphère ségrégationniste de la prison est également extrêmement bien rendue.  Les détenues se rassemblent toutes par groupe ethnique : les noires avec les noires, les latinas avec les latinas, etc. Cette séparation d’abord choquante devient vite habitude, et on s’étonne au bout d’un moment du fait que cela ne nous scandalise plus. A cet égard le sexisme latent des matons est également représenté suffisamment subtilement pour paraître réaliste.  Cela est d’autant plus visible que Jenji Kohan ne censure rien. On voit tout à l’écran, le beau comme le laid, ce qui donne lieu à quelques scènes franchement dérangeantes.

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Les murs grisâtres de Litchfield participent à l’atmosphère souvent pesante. Source : Netflix

Quelques performances en particulier ressortent du casting. En premier lieu celle de Kate Mulgrew, qui joue Red, une matrone russe gérant les cuisines et qui fait régner la terreur sur son petit monde. Et puis aussi celle de Uzo Aduba qui campe une Suzanne/Crazy Eyes bien plus subtile que ce que le pilote laissait envisager. Mention spéciale également à Taryn Manning dans le rôle de Pennsatucky, une ex-addict à la meth reconvertie en chrétienne extrémiste. Parmi les personnages, peu d’hommes, évidemment. Les seuls qu’on verra régulièrement sont les matons et le fiancé de Piper. Figures fortes de la série, ils sont présents avant tout dans des rôles d’antagonistes.

Ce qui pêche, au final, c’est le personnage principal. On sympathise avec elle et on apprécie de découvrir la prison par son regard, mais seulement jusqu’à un certain point.  Fidèle à son habitude, Jenji Kohan nous montre une héroïne sympathique, mais pas forcément aimable. Une fois que les autres protagonistes hauts en couleur arrivent sur le devant de la scène, on se lasse un peu de Piper et de sa manie de toujours mettre les pieds dans le plat. Et on se demande quelles sont vraiment ses motivations. Il y a du Nancy Botwin dans ce nouveau personnage : elle aussi se débat pour essayer d’arranger sa condition, mais finit toujours par s’emmêler dans ses problèmes. A cet égard, sa relation avec son fiancé nous laisse de marbre. Les cahots que subit leur couple semblent trop prévisibles à l’avance pour vraiment accrocher notre attention.

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Piper va vite se retrouver débordée par ses codétenues déjantées. Source : Netflix

Mais ces éléments sont vite balayés par le reste de la série. On jubile au fur et à mesure du déroulement de la saison quand on voit petit à petit se développer les relations entre les personnages.  La série ne nous laisse pas tranquille et la montée en puissance anxiogène de l’épisode final augure de très bonnes choses pour la saison prochaine.

 

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